Le pinson éperdu
Une gorge de pinson
fine et verte à la lumière
qui court sur la glace en
glissant sur nos rires
d’une voix enrouée
simplement délicieuse
et encore et encore
et folle et mauve
et lac et neige
et vache qui la broute
et encore et encore
Vois-tu je ne terminerai
jamais avec une gorge de pinson
As-tu déjà connu quelque
chose
de plus fragile que cette
gorge-là
de plus beau
de plus printemps dans la
paume du grand arbre
là-bas là-haut
D’autres pinsons peut-être
des mésanges
des passereaux
ou des oiseaux bien à toi
rien qu’à toi
que toi seul peux voir
Par exemple
un petit amour chaud dans un
océan polaire
à tire-d’aile
à portée de cœur
à portée de corps
ton pinson personnel en
quelque sorte
Et que sais-je encore
Mais j’y reviendrai plus
tard
puisque de toute façon nous sommes faits pour
nous entendre
Et pourtant on tire sur les
pinsons
sur mes pinsons
sur tes pinsons
on casse la glace des pas
magnifiques
de ce pauvre pinson
on lui tord le cou avec son
trille
Et que reste-t-il de cette
farandole de petites plumes
toutes vêtues de vie
dont nous parlions tout à
l’heure
un mois de mai épars
des bouts de musique
naufragés
qu’on a tôt fait de
rassembler dans un manuel
pour les nommer Pinsonnus Tropbellus
en parler avec tristesse
et les classer trop vite
“ espèce disparue ”
Ainsi
fais-tu
avec
tes
propres
enfants
Anouar Benmalek
𝑴𝒂 𝒑𝒍𝒂𝒏𝒆̀𝒕𝒆 𝒎𝒆 𝒎𝒐𝒏𝒕𝒆 𝒂̀ 𝒍𝒂 𝒕𝒆̂𝒕𝒆
Fayard, France
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