« Le devoir le devoir »maugréa-t-ilen se retournantdans son lit« Dans ce paysils n’ont que ce motà la bouchesi au moinsce n’était pasaussi matinal »Et le bourreaufort mécontentdut se leverpour aller procéderà une nouvelle exécution
écrivain, website: http://anouarbenmalek.free.fr
« Le devoir le devoir »maugréa-t-ilen se retournantdans son lit« Dans ce paysils n’ont que ce motà la bouchesi au moinsce n’était pasaussi matinal »Et le bourreaufort mécontentdut se leverpour aller procéderà une nouvelle exécution
Auteur multi-primé, Anouar Benmalek est de cette trempe d’écrivains qui tirent des bas-fonds de l’homme une poésie magnétique. Originaire de Constantine, il est souvent comparé par certains critiques littéraires à l’illustre romancier William Faulkner, connu pour ses personnages brisés.
Le romancier algérien a répondu à l’appel de Dzdia lors d’une rencontre littéraire ce mardi 5 mai. Dans les locaux de la Librairie Aïcha, (dans le 13e arrondissement de Paris), il est revenu avec son public sur son dernier ouvrage: Irina, un opéra russe.

Quatre ans après son dernier roman à succès, L’amour au temps des scélérats, Anouar Benmalek nous replonge dans la splendeur et la misère d’un empire déchu qu’il connaît si bien: l’Union Soviétique. Cette « terre des extrêmes », où il vécut à la fin des années 1970, occupe une place centrale dans son nouveau roman.
Russophone marqué par ses cinq années d’études de mathématiques entre Kiev, Moscou, Odessa et Léningrad (l’actuelle Saint-Pétersbourg), Anouar Benmalek ne nous dévoile pas aujourd’hui la passion ardente qu’il éprouve pour l’URSS, tant elle a toujours impregné son écriture. L’un de ses premiers livres, Ludmila ou le Violon de la mort lente (ENAL, 1986), en est le parfait exemple.
“Dans ma promotion, on était seulement deux à obtenir une bourse pour l’URSS. Comme tout Algérien à l’époque, j’avais des préjugés et une idée très négative de la Russie… J’y suis allé en traînant les pieds et je suis resté cinq ans. C’est un des meilleurs choix que j’ai fait de ma vie. C’est un pays qui vous marque à vie, et même si je suis très sévère à l’égard du pouvoir aujourd’hui, je suis fondamentalement russifié.” – Anouar Benmalek
Mais quarante ans après l’écriture de Ludmila, à l’Est, les ruines rouges ont laissé place aux tambours de la guerre entre Kiev (actuelle capitale de l’Ukraine) et Moscou. « Une tragédie opposant deux peuples frères », s’émeut l’écrivain, et qui traverse également la fin de son roman Irina, un opéra russe.

Dans cette fresque à la fois intime et historique, le lecteur est transporté en 1978. On y découvre une histoire d’amour entre Irina, « soprano aux rêves de grandeur » et Walid, étudiant algérien tout juste arrivé à Léningrad. Contraint de quitter le pays précipitamment, le jeune Walid revient à Saint-Pétersbourg en février 2022 dans le but de retrouver Irina… Mais la guerre approche.
Loin d’être une simple idylle amoureuse entre un Algérien et une Russe, l’œuvre d’Anouar Benmalek se présente en réalité comme une tragédie humaine. Une histoire jalonnée par la grande histoire des crimes de masse.
L’auteur s’attarde notamment sur le destin de Vladimir, le grand-père d’Irina, ancien agent du NKVD et « exécuteur docile » d’une famine de masse au Kazakhstan dans les années 1930. Mais les victimes de ces atrocités continuent de hanter sa descendance…
“On ne guérit jamais de l’ombre du NKVD, elle se transmet dans le sang comme une maladie génétique de la méfiance. Irina portait en elle le chant de ceux qu’on avait fait taire. Une polyphonie de fantômes qui exigeait d’elle une perfection que les vivants ne pouvaient plus lui offrir…” – passage du livre Irina, un opéra russe.
Une exploration des tragédies du XXe siècle qui est bien la marque de fabrique d’Anouar Benmalek. Lui qui est devenu spécialiste des questions liées aux génocides. Il a notamment consacré un roman à la Shoah et au génocide des Héréros (en Namibie) avec Fils du Shéol. Et, tout russophile qu’il est, sa description de l’horreur n’épargne pas le terrain soviétique.
« Certains crimes, leur souvenir est un souvenir racial. On se souvient de la famine des Ukrainiens parce qu’ils sont Européens. Les autres, on ne s’en souvient pas. Aimé Césaire le disait lui même concernant la Shoah: « Ce très humaniste, très distingué, très bourgeois chrétiens du XXe siècle, ce qu’il ne pardonne pas à Hitler ce n’est pas le crime en soi, c’est le crime contre l’homme blanc. » Et redécouvrir celà à chaque fois est terrible… Pourquoi nous ne connaissons pas cette famine génocidaire au Kazakhstan ? », interpelle Anouar Benmalek.
« La Russie est grande. Autant par sa beauté que ses crimes. Et ce livre, je l’ai consacré à cette histoire. Mon livre, comme la Russie, est à l’image d’un opéra finalement. On découvre des choses qui paraissent impossibles mais qui sont vraies… Avec le sentiment que seul l’amour peut aider à surmonter cette épouvantable histoire », termine l’auteur.
Les douleurs aussi se modèlent
tu en as l’expérience
toi qui es morte si fortement
Les grands jours de l’amour
c’était une frayeur de mer et d’algues
tenue en respect
tandis que je n’arrivais plus à distinguer
ton ossature de la mienne
Mais quand cela a-t-il pu se passer ?
Tu ne me connais plus à présent
J’aurais beau japper en silence
étouffer stupidement ces regrets
d’une femme jeune que j’aurais dû mieux aimer
tes rêves dérouleront lentement leurs cils
déposant sur les gradins de tes yeux d’autres rêves
quête infinie de l’éternelle pacification
Et je n’en serai pas
Et je n’en serai pas
l'univers n'existe pas dit-on
ou si peu
qu’il n’est pas très
important
qu’il existe ou pas
mais nous
toi et moi —tes mains et les
miennes—
existons
pourquoi je n’en sais rien
mais nous nous touchons
et attisons ainsi notre
existence
nous savons qu’il n’y a
qu’une question
et la voix nous manque
—et d’autres morceaux de
respiration—
qui nous la ferait dire
Les astronomes prétendent
qu’un quasar peut briller
mille fois plus puissamment
que cent galaxies
contenant chacune
un milliard d’étoiles
Mon amour pour toi
brille évidemment
moins fort
— j’ai failli dire
« autant »
j’ai eu peur cependant que
tu y trouves là
simple exagération de poète
et que cela ne te plaise pas
beaucoup —
mais enfin cet amour
qui a donc moins de
prétention qu’un quasar
tient une place presque
aussi honorable
dans ma galaxie
cette galaxie si douce
dont je fabrique les étoiles
les planètes
et l’infinie nuit précieuse
en fermant simplement les
yeux
et en pensant
à toi