lundi 5 octobre 2026

Questionnaire de Proust d'Anouar Benmalek

 (𝐸𝑙 𝑊𝑎𝑡𝑎𝑛 𝑒𝑡 𝐴𝑙𝑔𝑒́𝑟𝑖𝑒 𝐿𝑖𝑡𝑡𝑒́𝑟𝑎𝑡𝑢𝑟𝑒 𝐴𝑐𝑡𝑖𝑜𝑛, 𝑒𝑡 𝘢𝑐𝘵𝑢𝘦𝑙𝘭𝑒𝘮𝑒𝘯𝑡, 𝑒𝑛 𝑣𝑒𝑟𝑠𝑖𝑜𝑛 𝑎𝑏𝑟𝑒́𝑔𝑒́𝑒, 𝑠𝑢𝑟 𝑙𝑒 𝑠𝑖𝑡𝑒 𝐿𝑖𝑡𝑡𝑒𝑟𝑎𝑟𝑡. 𝐶'𝑒𝘴𝑡 𝑝𝘰𝑢𝘳 𝘤𝑒𝘵𝑡𝘦 𝘥𝑒𝘳𝑛𝘪𝑒̀𝘳𝑒 𝑟𝘢𝑖𝘴𝑜𝘯, 𝑝𝘳𝑜𝘣𝑎𝘣𝑙𝘦𝑚𝘦𝑛𝘵 𝘧𝑢𝘵𝑖𝘭𝑒, 𝘲𝑢𝘦 𝘫'𝘢𝑖 𝑒𝘶 𝘦𝑛𝘷𝑖𝘦 𝘥𝑒 𝑟𝘦𝑝𝘶𝑏𝘭𝑖𝘦𝑟 𝑐𝘦 𝘵𝑒𝘹𝑡𝘦 𝘪𝑛 𝑒𝘹𝑡𝘦𝑛𝘴𝑜. 𝘐𝑙 𝑣𝘢 𝘥𝑒 𝑠𝘰𝑖 𝑞𝘶𝑒 𝑠𝘪 𝘫'𝘺 𝘳𝑒́𝘱𝑜𝘯𝑑𝘢𝑖𝘴 𝘥𝑒 𝑛𝘰𝑢𝘷𝑒𝘢𝑢, 𝘮𝑜𝘯 𝘲𝑢𝘦𝑠𝘵𝑖𝘰𝑛𝘯𝑎𝘪𝑟𝘦 𝘥𝑒 𝑃𝘳𝑜𝘶𝑠𝘵 𝘴𝑒𝘳𝑎𝘪𝑡 𝑛𝘦𝑡𝘵𝑒𝘮𝑒𝘯𝑡 𝑝𝘭𝑢𝘴 𝘴𝑜𝘮𝑏𝘳𝑒.)


Que représente pour vous le Paradis ?

 

« Comprendre », voilà ce que serait pour moi, libre penseur, le Paradis comme objectif ultime d’une vie : comprendre l’univers, comprendre le pourquoi de notre si dérisoire et si microscopique présence dans cet univers. Ou, plus exactement, comprendre sans trop de chagrin qu’il ne saurait y avoir de raison à cette présence autre que celle du hasard, hasard ni bienveillant ni malveillant en soi, s’accommoder de cette terrible constatation de la parfaite contingence de l’existence de l’être humain, en tirer le courage de passer le restant de sa vie à apprécier malgré tout la chance, — écrasante parfois — d’avoir été muni par l’évolution d’un cerveau capable à la fois d’admirer et d’interroger le fonctionnement et la structure de ce monde qui nous transcende si infiniment.

Comprendre, c’est, pour moi, dépasser l’humiliation de l’indifférence de la nature et du temps à notre égard ; c’est l’âpre fierté d’appartenir à la descendance de ce minuscule primate humain capable, après plusieurs millions d’années de tâtonnement dans la jungle et dans la savane africaine, de se dresser sur ses deux pattes arrière pour tenter de fouiller, « les yeux dans les yeux », l’insondable noirceur du cosmos qui l’environne.

 

Que représente l’Enfer ?

 

Au contraire du Paradis qui, lui, peine à se concrétiser de notre vivant, l’Enfer est d’abord éminemment terrestre. On peut douter du Paradis, pas de l’Enfer ! Particulièrement protéiforme, il s’adapte à tous les pays, à toutes les cultures, tirant profit de l’éternelle alliance de la cruauté, de la cupidité et de la bêtise des hommes. L’esclavage, la colonisation, les guerres de conquête, les situations de famine, en sont quelques-uns des exemples les plus « réussis ».

Dans nos pays, une de ces versions contemporaines de l’Enfer apparaît lorsque les « Autres » s’évertuent à vous imposer coûte que coûte leur propre variante du Paradis céleste, en ne reculant devant aucune extrémité, la force brute, la propagande imbécile, les manipulations politiques et juridiques les plus indignes ou même l’assassinat pour les plus barbares.

Je pense aux terribles massacres de la décennie dite noire, par exemple où des villages entiers d’Algérie ont pu être décimés. Je pense également, en ce qui concerne l’actualité récente, à ces scandaleuses histoires d’inculpation et de condamnation à des années de prison ferme de certains citoyens algériens au motif que ceux-ci se sont convertis à une religion autre que la religion dominante en Algérie. Il paraît que des « textes » prévoient maintenant dans notre pays une interdiction de facto de ces conversions, relevant pourtant de l’ordre le plus privé de l’existence.

Ces textes scélérats, votés par un parlement aux ordres, ne peuvent être que des textes contraires au texte fondamental censé régir la vie du pays : la Constitution prévoit explicitement le droit à la liberté de conscience. Et qu’y a-t-il de plus fort, en matière juridique, que la Constitution ?

Qui peut ignorer cette règle d’acier de la primauté de la Constitution sur toute élucubration juridique attentatoire à l’intime conviction religieuse : le président, le premier ministre, le gouvernement, le parlement, le sénat, le député de base, le chef de parti dit démocratique ? Et je ne cite même pas le Conseil constitutionnel, juge ultime, bien étrangement absent dans cette question !

Le plus triste, dans cette histoire, réside à mon sens dans le fait que les textes sur la conversion et sur l’exercice des cultes autres que le culte majoritaire aient été malgré tout votés sans opposition par toutes les sensibilités et les partis politiques siégeant à l’Assemblée nationale, de la gauche extrême (mais oui !)  à son symétrique islamiste de l’autre côté ! N’y a-t-il donc pas eu au moins un député s’élevant publiquement contre cet assassinat de la liberté individuelle ou soulevant, même timidement, l’argument de l’inconstitutionnalité de ces nouvelles « lois » ? Notre désespérant parlement ne restera-t-il, quoi qu’il arrive, que la chambre d’enregistrement par des opportunistes de tout poil des desiderata des courants les plus obscurantistes du pouvoir en place ?  Est-ce que les prébendes généreusement distribuées par les caisses de l’État anesthésient à ce point les supposées convictions démocratiques de tous les représentants du peuple ?

Et quel spectacle affligeant la grande Algérie offre à présent aux autres nations, quels dommages profonds infligés de manière durable à l’image internationale de ce pays qui a tant lutté pourtant pour sa liberté et celle des autres peuples ! Comment l’Algérie pourrait-elle à présent siéger sans rougir dans n’importe quelle assemblée défendant les droits de l’homme ?

 

Quel est pour vous le comble de la misère ?

 

Si je prends ce mot dans son sens premier, le comble de la misère est atteint lorsque des enfants sont obligés de mendier, de se prostituer ou, plus abominablement encore, meurent de faim. Le lieu géographique importe peu puisque nous sommes tous, que nous le voulions ou non, solidairement comptables du devenir des enfants de l’Humanité. N’ayons surtout pas, dans ce domaine, des indignations à géométrie variable, véhémentes (à juste titre) quand elles concernent les enfants de Palestine, mais criminellement silencieuses quand il s’agit des enfants noirs et animistes (deux « tares » aux yeux de certains) du Darfour !

Sur le plan personnel, presque indécent par la proximité qu’impose l’exercice au fond assez complaisant de l’autoportrait, le comble de la misère serait d’être placé dans des conditions telles que je ne puisse plus lire, lire et encore lire. Je me rends compte qu’il me serait infiniment plus pénible de me priver définitivement de lire que d’écrire : j’écris, au fond, parce que je lis. Le monde peut, bien entendu, se passer de ce que j’écris ; je ne peux, en revanche, me passer, sauf à vivre un déchirement, de ce que le monde a produit de livres !

 

Vos qualités préférées chez l’homme ?

 

L’intelligence, l’honnêteté, la compassion et le courage — plus intellectuel que physique, d’ailleurs, dans ce dernier cas. Le courage physique se retrouve à foison chez les fanatiques les plus divers : qu’y a-t-il, en effet, de plus « courageux » qu’un kamikaze ? ; et qu’y a-t-il, en même temps, de plus fondamentalement lâche et opposé aux trois premières qualités de mon choix ?

 

Vos qualités préférées chez la femme ?

 

Les mêmes que chez l’homme, auxquelles j’ajouterais, bien sûr, les qualités complémentaires que l’hétérosexuel de sexe masculin que je suis apprécie le plus chez le représentant du sexe opposé : une certaine harmonie du corps et la sensualité. La beauté ne correspond pas, pour moi, à « coller » stupidement aux canons bien versatiles de la mode. Non, la femme (ou, du moins, certaines femmes…) est bien ce que j’ai toujours pensé : un stade plus évolué que celui du banal mâle humain que je suis. En un sens, la femme, dans la conjonction amoureuse et intellectuelle, peut « réaliser » la quintessence de l’homme ! Le meilleur d’Adam naît d’Ève…

 

Votre vertu préférée ?

 

L’opiniâtreté. Mais comment la différencier de l’entêtement ? me direz-vous ! Au résultat, répondra le cynique qui est en moi.

 

Ce que vous appréciez le plus chez vos amis ?

 

La fidélité (on peut toujours rêver…)

 

Pour quelles fautes avez-vous le plus d’indulgence ?

 

D’abord les miennes ! Je n’ai cependant pas le moindre soupçon d’indulgence ni de compréhension, mais, au contraire, une immense réserve de colère envers les fautes commises contre les plus démunis et, en particulier, les enfants.

 

Le principal trait de votre caractère ?

 

Le refus de l’argument d’autorité, qu’il soit politique, religieux ou social.

 

Votre principal défaut ?

 

Une certaine intolérance devant la stupidité.

 

Votre principale qualité ?

 

Voir la réponse précédente.

 

Votre drogue ?

 

Le travail.

 

Votre rêve de bonheur ?

 

Prendre, après une nuit d’amour, le petit-déjeuner avec l’être qu’on aime.

 

Quel serait votre plus grand malheur ?

 

Je n’ose en parler, parce qu’alors je parlerais de mes enfants.

 

Où aimeriez-vous vivre ?

 

Dans le pays de mon enfance, quand tout n’était qu’avenir, quand rien n’était encore définitivement joué et que la bonté paraissait, pour moi, le destin naturel de l’humanité. Si je devais lui donner une coloration géographique, je crois qu’il prendrait, pour une part (mais une part seulement) les couleurs de la Constantine des années soixante. Je me rappelle d’une vitrine de la vieille ville où trônait un abat-jour dont la décoration était constituée par un train qui, grâce à la chaleur fournie par la lampe, donnait l’impression de tourner interminablement. L’enfant que j’étais alors pouvait passer de très longs instants à contempler, dans un état presque hypnotique, ce train qui roulait, roulait, roulait sans arrêt vers une destination inconnue, que je supposais confusément, à la fois effrayé et exalté, comme étant celle du mystérieux « Avenir », contrée magique et belle où tout était possible.

Je sais maintenant que tous les trains finissent par s’arrêter quelque part et que les destinations se révèlent en général beaucoup plus prosaïques que ne l’espérait le petit garçon de Constantine.

 

 

Qui auriez-vous aimé être ?

 

Puisque la question autorise l’immodestie la plus déraisonnable et malgré le fait que je ne possède évidemment (long soupir de l’auteur devant l’injustice de Dame Nature) ni le génie du premier ni celui du second, j’hésite entre Léonard de Vinci et Albert Einstein. Ou encore : entre Ibn Khaldoun et Omar Khayamm…

 

Le don de la nature que vous aimeriez avoir ?

 

Voler comme un oiseau.

 

Votre occupation préférée ?

 

Écrire, puis lire.

 

Votre préoccupation principale ?

 

Celle de ne pas écrire le livre essentiel, irremplaçable, qui justifierait les longues années passées à apprendre sans cesse le métier d’écrivain. C’était également le rêve inassouvissable de l’alchimiste ; c’est dire le caractère fou et présomptueux de mon souhait.

 

L’animal que vous préférez ?

 

Le chat, pour sa fidélité faite plus d’indépendance que de soumission.

 

Vos auteurs favoris quel que soit le genre ?

 

Il y en a tellement que je m’en voudrais de manquer de reconnaissance en n’en citant qu’une poignée.

 

Vos peintures favorites ?

 

Un certain tableau de Michel Ange.

 

Vos réalisateurs favoris ?

 

Plutôt des films favoris que des réalisateurs favoris.

 

 

Vos héros / héroïnes dans la vie réelle, la fiction et l’Histoire ?

 

Ben Mhidi, Nelson Mandela, Pasteur et, de manière plus lointaine dans le temps, le premier homme préhistorique qui, vainquant sa peur du feu, l’a maîtrisé et enclenché ainsi la civilisation humaine.

 

Ce que vous détestez par-dessus tout ?

 

La suffisance des dogmatiques, l’arrogance et la cruauté des puissants, la soumission acceptée avec joie par les faibles.

 

État présent de votre esprit ?

 

Il ressemble à un bulletin météo : plutôt couvert par de lourds nuages de pessimisme, avec des éclaircies d’optimisme.

 

Avez-vous un regret ?

 

C’est celui, bête et tragique, de tous les êtres humains : n’avoir qu’une vie, alors qu’une seconde vie serait si nécessaire pour essayer d’autres possibilités et éviter les erreurs commises dans la première.

 

Comment aimeriez-vous mourir ?

 

Aimé par mes proches.

 

Votre devise ?

 

Vivre libre, autant que faire se peut.

 

 

            El Watan et  Algérie Littérature Action, août 2008

jeudi 24 septembre 2026

 



Rafah, Conte de l’Ogre faucheur d’enfants

(Petite pièce à un acte et une scène où deux femmes et deux hommes, chœur désespéré que personne n’écoute, lancent, à tour de rôle, toutes larmes rentrées, leur appel au secours)

 

 

Qui avertira

l’enfant traînaillant sur le chemin

qu’une balle en embuscade

va bientôt convoiter la partie la plus tendre de sa tête

 

Pas le paysage

en tous cas :

 

déjà

il se hâte

 

déjà

il se hâte


Anouar Benmalek

 

vendredi 4 septembre 2026

𝐑𝐞𝐭𝐨𝐮𝐫 𝐯𝐞𝐫𝐬 𝐥𝐞 𝐟𝐮𝐭𝐮𝐫 (𝐩𝐮𝐛𝐥𝐢𝐜𝐢𝐭𝐚𝐢𝐫𝐞…) 𝐩𝐨𝐮𝐫 « 𝑰𝒓𝒊𝒏𝒂, 𝒖𝒏 𝒐𝒑𝒆́𝒓𝒂 𝒓𝒖𝒔𝒔𝒆 » (𝐄𝐝. 𝐄𝐦𝐦𝐚𝐧𝐮𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐂𝐨𝐥𝐥𝐚𝐬 𝐞𝐭 𝐄𝐝. 𝐃𝐚𝐥𝐢𝐦𝐞𝐧)

ㅤ𝚄𝚗 𝚊𝚖𝚒 𝚍'𝚞𝚗𝚎 𝚊𝚐𝚎𝚗𝚌𝚎 𝚍𝚎 𝚙𝚞𝚋, 𝚚𝚞𝚒 𝚊 𝚎𝚞 la faiblesse 𝚍𝚎 𝚝𝚛𝚘𝚞𝚟𝚎𝚛 𝚚𝚞𝚎𝚕𝚚𝚞𝚎𝚜 𝚚𝚞𝚊𝚕𝚒𝚝𝚎́𝚜 𝚊̀ "𝐼𝑟𝑖𝑛𝑎, 𝑢𝑛 𝑜𝑝𝑒́𝑟𝑎 𝑟𝑢𝑠𝑠𝑒", 𝚖'𝚊 𝚜𝚞𝚐𝚐𝚎́𝚛𝚎́ 𝚌𝚎𝚝𝚝𝚎 𝚒𝚍𝚎́𝚎 𝚍𝚎 𝚌𝚊𝚖𝚙𝚊𝚐𝚗𝚎 𝚙𝚞𝚋𝚕𝚒𝚌𝚒𝚝𝚊𝚒𝚛𝚎 𝚊̀ 𝚜𝚘𝚞𝚖𝚎𝚝𝚝𝚛𝚎 𝚊̀ 𝚖𝚎𝚜 𝚎́𝚍𝚒𝚝𝚛𝚒𝚌𝚎𝚜 𝚏𝚛𝚊𝚗𝚌̧𝚊𝚒𝚜𝚎 𝚎𝚝 𝚊𝚕𝚐𝚎́𝚛𝚒𝚎𝚗𝚗𝚎.

ㅤ
ㅤ𝙲𝚘𝚖𝚖𝚎 𝚒𝚕 𝚗𝚎 𝚖𝚊𝚗𝚚𝚞𝚎 𝚗𝚒 𝚍'𝚑𝚞𝚖𝚘𝚞𝚛 𝚗𝚒 𝚍'𝚒𝚖𝚊𝚐𝚒𝚗𝚊𝚝𝚒𝚘𝚗, 𝚒𝚕 𝚊 𝚙𝚎𝚗𝚜𝚎́ 𝚖𝚎̂𝚖𝚎 - 𝚎𝚝 𝚜𝚞𝚛𝚝𝚘𝚞𝚝 - 𝚊̀ 𝚕'𝚒𝚖𝚙𝚘𝚜𝚜𝚒𝚋𝚕𝚎! 𝙸𝚕 𝚜𝚊𝚞𝚝𝚎 𝚎𝚗 𝚎𝚏𝚏𝚎𝚝 𝚎𝚝 𝚜𝚊𝚗𝚜 𝚑𝚎́𝚜𝚒𝚝𝚊𝚝𝚒𝚘𝚗 𝚊𝚞𝚌𝚞𝚗𝚎 𝚍𝚎 𝙿𝚊𝚛𝚒𝚜 𝚊̀ 𝚕𝚊 𝚕𝚞𝚗𝚎 (𝚘𝚞𝚒...), 𝚎𝚗 𝚙𝚊𝚜𝚜𝚊𝚗𝚝 𝚙𝚊𝚛 𝚕𝚊 𝙶𝚛𝚊𝚗𝚍𝚎 𝙿𝚘𝚜𝚝𝚎 𝚊̀ 𝙰𝚕𝚐𝚎𝚛, 𝚕'𝚘𝚌𝚎́𝚊𝚗 𝙰𝚝𝚕𝚊𝚗𝚝𝚒𝚚𝚞𝚎 𝚍𝚞 𝟷𝟿° 𝚜𝚒𝚎̀𝚌𝚕𝚎 𝚎𝚝 𝚃𝚒𝚖𝚎 𝚂𝚚𝚞𝚊𝚛𝚎 𝚊̀ 𝙽𝚎𝚠 𝚈𝚘𝚛𝚔.
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ㅤ𝙸𝚕 𝚏𝚊𝚞𝚝 𝚍𝚒𝚛𝚎 𝚚𝚞𝚎 𝚌𝚎𝚝 𝚊𝚖𝚒 𝚓𝚘𝚞𝚒𝚝 𝚍’𝚞𝚗 𝚏𝚘𝚛𝚝 𝙲.𝙴.𝙼.
ㅤ𝙲.𝙴.𝙼 ? 𝙲'𝚎𝚜𝚝 𝚕𝚎 𝚏𝚊𝚖𝚎𝚞𝚡 "𝙲𝚘𝚎𝚏𝚏𝚒𝚌𝚒𝚎𝚗𝚝 𝚍'𝙴𝚡𝚊𝚐𝚎́𝚛𝚊𝚝𝚒𝚘𝚗 𝙼𝚎́𝚍𝚒𝚝𝚎𝚛𝚛𝚊𝚗𝚎́𝚎𝚗𝚗𝚎 "…
ㅤ
ㅤ𝙲𝚎𝚕𝚊 𝚖’𝚊 𝚏𝚊𝚒𝚝 𝚜𝚘𝚞𝚛𝚒𝚛𝚎 – 𝚌’𝚎𝚜𝚝 𝚙𝚘𝚞𝚛 𝚌𝚎𝚕𝚊 𝚚𝚞𝚎 𝚓𝚎 𝚙𝚊𝚛𝚝𝚊𝚐𝚎 𝚊𝚟𝚎𝚌 𝚟𝚘𝚞𝚜 𝚌𝚎𝚝𝚝𝚎 « 𝚙𝚛𝚘𝚙𝚘𝚜𝚒𝚝𝚒𝚘𝚗 ».
ㅤBonne rentrée.
𝙰nouar Benmalek (Sept. 2026)
























dimanche 23 août 2026

 «Si la littérature était l’athlétisme, la poésie serait son épreuve phare : le cent mètres. » Anouar Benmalek



Poésie algérienne

De la transmission orale à la consécration internationale (extraits) 

par Jugurtha Abbou (L'expression, 23 Aout 2026)

    L’Algérie n’a jamais cessé de faire du verbe poétique un espace de mémoire et de résistance. Au sud comme à l’est du pays, d’autres poètes se sont faits les porte-voix du peuple, donnant à entendre ses aspirations, ses colères, ses espérances et ses douleurs. Leurs textes, profondément ancrés dans la mémoire collective, ont connu une telle résonance qu’ils ont largement dépassé le cadre de la création poétique. Ils se sont invités dans les moments forts de la vie communautaire : fêtes familiales, veillées funèbres, cérémonies et rassemblements populaires.

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    «Si la littérature était l’athlétisme, la poésie serait son épreuve phare : le cent mètres. » En déclarant ceci, l’écrivain Anouar Benmalek résumait bien l’importance de la poésie dans la littérature, voire dans la vie quotidienne d’une société. 

    Pour Anouar Benmalek, il faut surtout citer Cortèges d’impatiences, publié en 1984. C’est son premier recueil de poésie connu. Dans l’une de ses interviews, il raconte que le chèque reçu en guise de droits d’auteur n’a pas été dépensé ; il l’a gardé en souvenir. La poésie de Benmalek se caractérise par l’impatience, l’inquiétude et la contestation. Dans son recueil Ma planète me monte à la tête (2005), apparaissent notamment la souffrance, l’absence, la colère, mais aussi l’amour et l’espoir. 

[...]






mercredi 19 août 2026

« 𝙄𝙧𝙞𝙣𝙖, 𝙪𝙣 𝙤𝙥𝙚́𝙧𝙖 𝙧𝙪𝙨𝙨𝙚 », 𝗰𝗼𝗻𝗻𝗮𝗶̂𝘁 𝗱𝗲́𝗷𝗮̀ 𝘂𝗻 𝘀𝘂𝗰𝗰𝗲̀𝘀 𝗶𝗻𝘁𝗲𝗿𝗻𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻𝗮𝗹, (𝑳'𝑬𝒙𝒑𝒓𝒆𝒔𝒔𝒊𝒐𝒏, 16 août 2026 )

ㅤㅤㅤ𝙸𝚕𝚜 𝚗𝚎 𝚜𝚘𝚗𝚝 𝚙𝚊𝚜 𝚗𝚎́𝚜 𝚎́𝚌𝚛𝚒𝚟𝚊𝚒𝚗𝚜 𝚎𝚝 𝚛𝚒𝚎𝚗, 𝚍𝚊𝚗𝚜 𝚕𝚎𝚞𝚛 𝚙𝚊𝚛𝚌𝚘𝚞𝚛𝚜, 𝚗𝚎 𝚜𝚎𝚖𝚋𝚕𝚊𝚒𝚝 𝚕𝚎𝚜 𝚙𝚛𝚎́𝚍𝚎𝚜𝚝𝚒𝚗𝚎𝚛 𝚊̀ 𝚕’𝚎́𝚌𝚛𝚒𝚝𝚞𝚛𝚎. 𝙿𝚘𝚞𝚛𝚝𝚊𝚗𝚝, 𝚒𝚕 𝚜𝚞𝚏𝚏𝚒𝚝 𝚙𝚊𝚛𝚏𝚘𝚒𝚜 𝚍’𝚞𝚗 𝚏𝚊𝚒𝚝, 𝚍’𝚞𝚗 𝚐𝚎𝚜𝚝𝚎 𝚘𝚞 𝚍’𝚞𝚗 𝚍𝚎́𝚌𝚕𝚒𝚌 𝚙𝚘𝚞𝚛 𝚚𝚞𝚎 𝚕𝚎 𝚍𝚎𝚜𝚝𝚒𝚗 𝚟𝚘𝚞𝚜 𝚙𝚘𝚞𝚜𝚜𝚎, 𝚜𝚊𝚗𝚜 𝚌𝚛𝚒𝚎𝚛 𝚐𝚊𝚛𝚎, 𝚟𝚎𝚛𝚜 𝚕𝚎𝚜 𝚙𝚘𝚛𝚝𝚎𝚜 𝚍𝚎 𝚕𝚊 𝚕𝚒𝚝𝚝𝚎́𝚛𝚊𝚝𝚞𝚛𝚎. 𝙰𝚗𝚘𝚞𝚊𝚛 𝙱𝚎𝚗𝚖𝚊𝚕𝚎𝚔, 𝚍𝚘𝚗𝚝 𝚕𝚎 𝚍𝚎𝚛𝚗𝚒𝚎𝚛 𝚌𝚑𝚎𝚏-𝚍’œ𝚞𝚟𝚛𝚎, « 𝑰𝒓𝒊𝒏𝒂, 𝒖𝒏 𝒐𝒑𝒆́𝒓𝒂 𝒓𝒖𝒔𝒔𝒆 », 𝚌𝚘𝚗𝚗𝚊𝚒̂𝚝 𝚍𝚎́𝚓𝚊̀ 𝚞𝚗 𝚜𝚞𝚌𝚌𝚎̀𝚜 𝚒𝚗𝚝𝚎𝚛𝚗𝚊𝚝𝚒𝚘𝚗𝚊𝚕, 𝚗’𝚊𝚖𝚋𝚒𝚝𝚒𝚘𝚗𝚗𝚊𝚒𝚝 𝚐𝚞𝚎̀𝚛𝚎, 𝚊̀ 𝚜𝚎𝚜 𝚍𝚎́𝚋𝚞𝚝𝚜, 𝚍𝚎 𝚍𝚎𝚟𝚎𝚗𝚒𝚛 𝚎́𝚌𝚛𝚒𝚟𝚊𝚒𝚗.

ㅤ
ㅤㅤㅤ𝙼𝚊𝚒𝚜 𝚟𝚘𝚒𝚕𝚊̀ 𝚚𝚞’𝚒𝚕 𝚝𝚘𝚖𝚋𝚎 𝚊𝚖𝚘𝚞𝚛𝚎𝚞𝚡 𝚍’𝚞𝚗𝚎 𝚓𝚎𝚞𝚗𝚎 𝚏𝚒𝚕𝚕𝚎, 𝚋𝚎𝚕𝚕𝚎 𝚖𝚊𝚒𝚜 𝚚𝚞𝚎𝚕𝚚𝚞𝚎 𝚙𝚎𝚞 𝚖𝚢𝚝𝚑𝚘𝚖𝚊𝚗𝚎. 𝚅𝚘𝚞𝚕𝚊𝚗𝚝 𝚕𝚊 𝚜𝚎́𝚍𝚞𝚒𝚛𝚎, 𝚒𝚕 𝚜𝚎 𝚖𝚒𝚝 𝚊̀ 𝚕𝚞𝚒 𝚎́𝚌𝚛𝚒𝚛𝚎 𝚍𝚎 𝚋𝚎𝚊𝚞𝚡 𝚙𝚘𝚎̀𝚖𝚎𝚜. 𝙸𝚕 𝚗𝚎 𝚜𝚊𝚟𝚊𝚒𝚝 𝚙𝚛𝚘𝚋𝚊𝚋𝚕𝚎𝚖𝚎𝚗𝚝 𝚙𝚊𝚜 𝚎𝚗𝚌𝚘𝚛𝚎 𝚚𝚞’𝚎𝚗 𝚌𝚑𝚎𝚛𝚌𝚑𝚊𝚗𝚝 𝚊̀ 𝚌𝚘𝚗𝚚𝚞𝚎́𝚛𝚒𝚛 𝚜𝚘𝚗 𝚌œ𝚞𝚛, 𝚒𝚕 𝚎́𝚝𝚊𝚒𝚝 𝚜𝚞𝚛𝚝𝚘𝚞𝚝 𝚎𝚗 𝚝𝚛𝚊𝚒𝚗 𝚍𝚎 𝚌𝚘𝚗𝚚𝚞𝚎́𝚛𝚒𝚛 𝚕𝚊 𝚕𝚒𝚝𝚝𝚎́𝚛𝚊𝚝𝚞𝚛𝚎. 𝚂𝚊 𝚙𝚕𝚞𝚖𝚎, 𝚎𝚕𝚕𝚎, 𝚗’𝚎𝚗 𝚍𝚎𝚖𝚊𝚗𝚍𝚊𝚒𝚝 𝚙𝚊𝚜 𝚍𝚊𝚟𝚊𝚗𝚝𝚊𝚐𝚎. 𝙴𝚕𝚕𝚎 𝚙𝚛𝚒𝚝 𝚐𝚘𝚞̂𝚝 𝚊̀ 𝚕’𝚎𝚡𝚎𝚛𝚌𝚒𝚌𝚎, 𝚛𝚎́𝚌𝚕𝚊𝚖𝚊 𝚍’𝚊𝚞𝚝𝚛𝚎𝚜 𝚑𝚒𝚜𝚝𝚘𝚒𝚛𝚎𝚜, 𝚍’𝚊𝚞𝚝𝚛𝚎𝚜 𝚙𝚎𝚛𝚜𝚘𝚗𝚗𝚊𝚐𝚎𝚜, 𝚍’𝚊𝚞𝚝𝚛𝚎𝚜 𝚕𝚒𝚟𝚛𝚎𝚜. 𝙲𝚘𝚖𝚖𝚎 𝚚𝚞𝚘𝚒, 𝚒𝚕 𝚊𝚛𝚛𝚒𝚟𝚎 𝚚𝚞𝚎 𝚕’𝚘𝚗 𝚎𝚗𝚝𝚛𝚎 𝚎𝚗 𝚕𝚒𝚝𝚝𝚎́𝚛𝚊𝚝𝚞𝚛𝚎 𝚙𝚊𝚛 𝚊𝚖𝚘𝚞𝚛… 𝚎𝚝 𝚚𝚞’𝚘𝚗 𝚢 𝚛𝚎𝚜𝚝𝚎 𝚙𝚊𝚛 𝚊𝚖𝚘𝚞𝚛-𝚙𝚛𝚘𝚙𝚛𝚎 [...]





vendredi 10 juillet 2026

𝑮𝒂𝒛𝒂 - Anouar Benmalek


 


𝑮𝒂𝒛𝒂
ㅤ
Les femmes dont les enfants sont morts
ne pleurent pas
bien qu’elles ruissellent de larmes à l’intérieur
ㅤ
Elles savent que leurs larmes
ne sont pas de l’eau
mais des cailloux
ils ne sortent pas des yeux ils restent terrés
mais ils déchirent les muscles et la chair
ㅤ
Parfois quand on les secoue
ces femmes
on entend un bruit de grelot
ce sont les cailloux qui s’entrechoquent
ils sont de plus en plus nombreux
et occupent tous les recoins possibles
ㅤ
Un jour on ne les entend plus ces cailloux
ㅤ
C’est simple :
les femmes dont les enfants sont morts
à la fin sont devenues des pierres
formées de milliers de sanglots coagulés
ㅤ
ㅤ
Anouar Benmalek
ㅤㅤㅤㅤㅤ𝑴𝒂 𝒑𝒍𝒂𝒏𝒆̀𝒕𝒆 𝒎𝒆 𝒎𝒐𝒏𝒕𝒆 𝒂̀ 𝒍𝒂 𝒕𝒆̂𝒕𝒆
ㅤㅤㅤㅤㅤFayard, France
ㅤㅤㅤㅤㅤApic, Algérie






vendredi 26 juin 2026

Un vertige russe - une recension d'Irina un opéra russe par Bobor-media, 15 juin 2026

            Un vertige russe.

C’est le récit d’un renoncement. Le renoncement au chant lyrique, aux aspirations de la jeunesse, à l’engagement d’une vie. Ce jour-là, Irina Rostova, une soprano promise à un avenir radieux au théâtre Mariinsky, se heurte au présent d’un scandale encore occulté dans son pays : la famine infligée par Staline au peuple kazakh en 1930

Faris Lounis, 15 juin 2026